Pendant un siècle, de 1450 à 1550 se développe, à côté d’un théâtre religieux et de finalité édifiante, celui des mystères, un théâtre purement profane, un théâtre du rire, celui des farces. Il nous reste suffisamment de ces pièces – 150 environ –pour que nous puissions nous faire une bonne idée du genre.

Ecrite en vers octosyllabes, la farce est une pièce courte –autour de 500 vers – dont les sujets et les personnages sont empruntés à la vie quotidienne, souvent la plus humble. On y voit paraître et dialoguer de manière savoureuse et aussi leurs défauts, gens delà campagne et gens de la ville, avec leurs vêtements, leurs habitudes de vie, leur métier, leurs loisirs, leurs pratiques religieuse – et aussi leurs défauts que la farce n’ épargne pas. A la campagne : quelques hobereaux lubriques, des jeunes campagnards parfaitement sots que leurs parents ont parfois le tort de confier à un magister, des curés ou des moines sensuels. A la ville, car met surtout en scène le peuple et la petite bourgeoisie urbaine : nombre d’artisans et de gens de métier, de petits marchands ou des marchans plus riches et cupides, le clergé dont l’image est universellement désastreuse dans les farces, et les femmes, qui introduisent la guerre et la tromperie au logis.

N’attendons pas des farces un quelconque approfondissement de ces personnages : ceux cirestent des types, empruntés à la réalité mais simplifiés, schématiques, réduits à quelque trait, quelque pulsion, désir, ou besoin élémentaire, plus bête et plus grossiers que nature a-t-on dit. Une farce est un bon tour, la mise en scène d’une tromperie ou d’une friponnerie ; les farceurs se sont particulièrement complu à montrer les conflits et les tromperies dans la vie conjugale, où s’opposent régulièrement un mari berné, sot, lâche, crédule, insuffisant et une femme autoritaire, rusée, sensuelle, qui s’empresse de prendre un amant et de faire cocu son minable mari.

Charles Mazouer